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Salle héraldique de la Diana

La Diana est une salle héraldique de la fin du XIIIe siècle, restaurée entre 1862 et 1866, elle accueille le siège de la Société historique du Forez, fondée en 1862 par le duc de Persigny et à laquelle elle a donné son nom.

La salle est située au chevet de l’église collégiale Notre-Dame d’Espérance, dans l’ancien « cloître Notre-Dame », ensemble formé par la collégiale et les maisons de chanoines qui, sous l’Ancien-Régime, constituait un « enclos », fermé chaque soir par trois portes.

La salle de la Diana mesure 19.45m de long sur 8.40 m de large. Les murs sont bâtis en pisé de terre (maçonnerie faite avec de la terre argileuse mélangée à de la paille, matériau le plus commun des constructions de l’époque permettant une exécution rapide et peu coûteuse) et portent une voûte ogivale en tiers point, en bois, surmontée d’une charpente et d’un toit. Lors de la restauration dans les années 1860 des fenêtres néogothiques en pierre ont été percées sur les façades Est et Ouest. La façade Ouest, sur la rue Florimond Robertet, est ornée des armoiries du second Empire, de la ville de Montbrison, des comtes de Forez, des ducs de Bourbon et de sculptures (clochetons, lévriers, chapiteaux à tête humaine).

Le côté sud, par lequel  on entrait, s’ouvrait sur une cour par des portes en arc brisé qui ont été murées au XIXe siècle. Restaurées, leur structure de pierre est apparente dans la salle de lecture construite sur la cour intérieure.

La voûte est revêtue d’un lambris de bois. De longs ais de bois divisent cette voûte en 48 bandes sur chacune est peint un écusson se répétant 36 fois, ce qui donne un total assez impressionnant pour un observateur rapide, de 1728 compartiments. Tout autour de la salle, à la naissance des voûtes, court une frise ornée d’animaux fantastiques et d’écussons, au nombre de 242.

Ils représentent tous, à l’exception des armes du Roi de France, suzerain de Forez et de son épouse Jeanne de Navarre, les blasons de familles féodales, alliées ou amies des comtes de Forez ou leur rendant hommage pour des possessions situées en Forez. De nombreux érudits ont essayé d’identifier les blasons de la Diana, sans y parvenir complètement. Des divergences d’attributions subsistent.

La cheminée monumentale est une reconstitution de celle existante qui aurait été détruite au XIXème. Elle portait les écussons de Forez, de Jeanne de Bourbon et d’Anne Dauphine.

La datation et la destination de la salle de la Diana ont été à l’origine de multiples hypothèses. Aujourd’hui, les avis convergent vers la fin du XIIIe siècle et sur une représentation de personnes ‒ et non de familles ‒ ce qui suppose que la salle fut construite pour une occasion précise et qui n’était pas prévue longtemps à l’avance. Les matériaux de construction (pisé et bois) semblent confirmer la nécessité d’une construction faite rapidement.

Plusieurs hypothèses ont été émises pour la construction de cette salle, la plus répandue est celle du mariage de mariage du comte Jean Ier de Forez et d’Alix de Viennois en 1296. Une des plus intéressantes serait que la salle aurait été construite à l’occasion de l’émancipation du comte Jean Ier de Forez en 1290. Celui-ci avait hérité du comté à l’âge de deux ans, en 1278. Son émancipation correspond en somme à sa prise du pouvoir alors qu’il entre dans sa quinzième année.

Ce qui est sûr c’est que le moment de la construction correspond à une période où la puissance du pouvoir comtal s’affirme de façon éclatante, en particulier par les réformes administratives menées par Jean Ier  par le renforcement de son pouvoir et par le rôle qu’il joue auprès du roi. La puissance comtale s’affirme par la construction de la salle de Diana, lieu de pouvoir, décor héraldique qui est une sorte d’armorial de la noblesse forézienne groupée autour du comte de Forez

La salle de la Diana a porté le nom de « salle du cloître » jusqu’au XVIe siècle. Elle fut d’abord le lieu de réunion des états de la noblesse, du XIIIe au XVIe siècle, à l’époque des comtes du Forez puis de leurs successeurs, les ducs de Bourbon.

Le roi François 1er fut reçu dans cette salle en 1536, en tant que nouveau comte de Forez : il avait confisqué en 1527 les états ‒ dont le Forez faisait partie ‒ de Charles III, duc de Bourbon, le fameux Connétable de Bourbon. François Ier donna l’usage de la salle de la Diana au chapitre de la collégiale Notre-Dame. Ce serait l’origine du nom Diana, ou du mot local Doyennat « salle du doyenné » (le chapitre de la collégiale était présidé par un doyen). On y intronisait les nouveaux chanoines. La salle était prêtée pour des spectacles : une des premières pièces de théâtre dont certaines parties étaient chantées, La Pastorelle de Loÿs Papon, fut créé à la Diana en 1588. Toutefois la fonction antérieure de salle des Etats subsistait puisqu’en 1614, la noblesse de Forez se réunit dans la salle pour préparer la réunion des états généraux. Et à la veille de la réunion des états généraux de 1789, les délégués du clergé forézien y tinrent leurs réunions.

Puis la Diana connut le sort de tous les biens d’Eglise : confisquée comme bien national, elle fut vendue le 8 août 1791, par le district de Montbrison, à un aubergiste de la ville. Le nouveau propriétaire ouvrit une porte et des fenêtres dans la façade Ouest ouvrant sur la rue et divisa la salle par un plancher, placé à la naissance de la voûte : il fit de la partie haute un grenier à foin alors que le rez-de-chaussée devenait une écurie pour ses chevaux et un dépôt de marchandises. Dans la première moitié du XIXe siècle, plusieurs érudits (Auguste Bernard, Georges de Soultrait, l’abbé Renon) attirèrent l’attention de l’opinion sur ce « chef d’œuvre en péril ».

En 1861,  la Diana échut par héritage à Mme Veuve Bardos qui accepta de la vendre à la Ville de Montbrison en avril 1862, pour la somme de 6 000 francs-or somme avancée par le duc de Persigny (né à Saint-Germain-Lespinasse), ministre de l’intérieur de Napoléon, à condition que la salle accueille une société d’histoire locale. C’est ainsi que fut créée La Diana, société historique et archéologique du Forez.

La salle fut alors restaurée de 1862 à 1866 sous la direction de Henry Lebrun un architecte lyonnais (puis de Louis Mazerat)  à la manière de Viollet-le-Duc. La toiture et une partie de la charpente furent refaites, les murs de pisé consolidés et revêtus d’un parement, les façades modifiées. A l’intérieur, des bibliothèques en bois sculpté étaient destinées à accueillir tous les livres parus sur l’histoire de la province.

La partie la plus délicate fut la restauration du plafond, le peintre Jean Delannoy et ses collaborateurs remplacèrent les peintures altérées ou disparues. La frise fut presque entièrement refaite. Le décor mural date également de cette époque.

Les maisons voisines furent rachetées afin d’y installer un musée, le bureau du conservateur et le logement du gardien. Une nouvelle campagne de travaux fut menée au début des années 1990 et ont permis de refaire les façades des maisons attenantes à la salle héraldique et d’aménager une salle de lecture, des salles de conservation et de réunion. C’est dans ce nouvel espace que sont conservés les livres du fonds municipal ancien soit 7000 ouvrages antérieurs à 1800.

La société de La Diana joue un rôle important dans la conservation du patrimoine forézien. Elle est propriétaire des plusieurs monuments historiques comme le château renaissance de la Bastie d’Urfé et la forteresse médiévale de Couzan. Sa bibliothèque est riche de 30 000 ouvrages et de près de 2 000 000 pièces d’archives.

http://www.ladiana.com/

Crédits et remerciements

Ce parcours du patrimoine de la ville de Montbrison est le fruit d’une collaboration entre les services de la ville, les associations patrimoniales : Amis des Thermes, de Sainte Eugénie, Amis de la colline du calvaire, Pays d’Art et d’Histoire, des passionnés d’histoire de Village en Forez, sous la coordination de Jeanine Paloulian adjointe au patrimoine. Remerciements particuliers à l’office du tourisme Loire Forez, Pierre Drevet, Michèle Bouteille.

Photos : Ville de Montbrison, Dronereporter42, Archipat, Archives municipales (fonds Fayard) Loire Forez agglomération, Aquarelle Jean-Claude Golvin, M. Brunet qui ont contribué à l’écriture.